L'anarchie

16. L'anarchie

A l’automne 1968, j’ai retrouvé le lycée en classe de seconde.

Je suis rapidement fasciné par un garçon plus âgé, Etienne, qui a plusieurs longueurs d’avance sur le reste de la classe par ses capacités de réflexion.

Il se dit anarchiste et, un an plus tard, je le rejoins avec son ami, Laurent, pour former un groupuscule avec d’autres jeunes anarchistes des environs.

Ignorant les théories anarchistes, ils me prêtent un ouvrage de Daniel Guérin intitulé « L’individualisme social » pour me former.

Par la suite je découvrirai Proudhon, Malatesta, Bakounine, Kropotkine, Makhno ... et autres idoles du panthéon anarchiste qui avaient en commun des devises comme « Ni Dieu, ni maître » ou « La liberté ou la mort ».

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Mais les théoriciens ne me passionnaient guère et les discussions encore moins.

Pour moi, l’anarchiste était avant tout un révolutionnaire actif qui devait s’impliquer concrètement dans la lutte contre le pouvoir afin de changer la société.

Notre première manifestation fut programmée pour le 15 novembre 1969 : rassemblement aux Halles contre la guerre du Vietnam !

La manifestation était interdite.

A peine sortis du métro, contrôlés par la police nous sommes embarqués dans un car qui nous conduit au centre de rétention de Beaujon ou plusieurs centaines de jeunes appréhendés dans l’après-midi sont enfermés dans des cellules.

L’ambiance est plutôt aux plaisanteries et aux chants révolutionnaires : rien à voir avec les scènes de violence qui se sont déroulées dans ces murs en mai 1968.

Relâchés vers minuit, avant le dernier métro, nous rejoignons nos demeures respectives non sans une certaine fierté d’avoir été ainsi appréhendés.

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J’approchais l’âge de 17 ans et mes parents s’étaient résignés à voir leur fils s’échapper du toit familial sans savoir où j’allais exactement.

Ma sœur, après le bac, avait quitté la maison pour vivre sa vie. Ma mère, qui s’ennuyait désormais, avait repris une activité professionnelle à Paris.

Dans les mois qui ont suivis, nous avons rejoint plusieurs manifestations qui, tôt ou tard, s’achevaient dans un affrontement rituel avec les forces de police.

Dans cette perspective, je m’habillais d’un long manteau qui dissimulait une matraque en bois.

Lors de la manifestation du 1er mai 1970, j’avais étonné mes amis par mon inconscience.

Après une première charge des CRS, je paradais, la matraque à la main, à une vingtaine de mètres des forces de l’ordre, isolé au milieu du boulevard ...

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Nous fréquentions différents groupements anarchistes.

Dans un premier temps, nous avons contacté la Fédération Anarchiste et vendu le journal « Le Monde Libertaire ».

Mais la réputation d’embourgeoisement qui pesait sur cet organisme nous a poussés vers des milieux plus radicaux : l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste puis les groupes autonomes qui se formaient dans les facultés.

Un contact avec les réfugiés espagnols de la C.N.T. est demeuré sans suite : ils nous ont donné quelques exemplaires à diffuser de leur publication, « Combat syndicaliste », mais ces vieux combattants de la Guerre d’Espagne se méfiaient des indicateurs qui auraient pu servir la cause franquiste sous le couvert de jeunes étudiants inconnus.

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