La prison

17. La prison

Le 28 mai 1970, je me rendais à la faculté de Censier pour une coordination des groupes autonomes.

Depuis la veille, le Quartier Latin était en ébullition. Les directeurs de la publication maoïste « La Cause du Peuple », Le Bris et Le Dantec, avaient été condamnés à huit mois de prison : leurs appels à l’insurrection permanente ne plaisaient pas au gouvernement de Georges Pompidou.

Depuis la veille, en réponse au mot d’ordre lancé par Alain Geismar, porte-parole de la Gauche Prolétarienne, les extrémistes s’étaient retrouvés notamment à la faculté de Jussieu, sillonnant également le Quartier Latin pour harceler les CRS et gardes mobiles.

La faculté de Censier avait été désertée et je n’ai trouvé que des débris de grenades lacrymogènes et des pierres éparpillés sur la route.

L’agence de la Banque Nationale de Paris, de l’autre côté de la rue, avait aussi été visée par les manifestants.

Je décidais de me rendre à la faculté de Jussieu.

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L’accès était barré par les forces de l’ordre et les étudiants étaient retranchés sur le parvis et sur les toits d’où ils jetaient toutes sortes de projectiles.

En contournant les barrages de police, je parviens à m’introduire sur le parvis. Une grenade au chlore tombe à mes pieds ...

L’odeur me fait vaciller aussitôt et je m’éloigne en titubant. Peu de temps après, les CRS parviennent à s’introduire sur le parvis et nous obligent à abandonner Jussieu.

La soirée se poursuit dans les rues du Quartier Latin où des groupes se forment pour harceler les policiers.

Vers 22 heures 30, avec un groupe d’une cinquantaine d’irréductibles, nous nous trouvons à l’angle de la rue de Rennes et de la rue du Vieux-Colombier lorsque trois véhicules de police banalisés s’arrêtent.

Ils sont bombardés de projectiles mais il en descend une douzaine d’hommes résolus à nous charger.

J’ai attendu le dernier moment pour lancer la pierre que j’avais à la main et m’enfuir ... trop tard !

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Je suis agrippé, jeté à terre, matraqué et traîné dans un des véhicules.

A l’avant à côté du conducteur, un homme se retourne, le visage en sang il me montre du doigt : « C’est toi qui m’a fait ça ! »

Je prends une gifle, des coups de coude, coups de poing et un coup de matraque sur le nez qui me fait gémir.

Nous entrons au commissariat du 6ème arrondissement. Des groupes de jeunes sont assis à terre sous la surveillance de CRS.

On me traîne à l’écart pour me laver le visage car le sang coule abondamment du nez et d’une arcade sourcilière éclatés. Peine perdue, plus je lave, plus ça coule.

Ca les énerve et j’ai droit à une troisième leçon de boxe avant d’être jeté en cellule.

Accalmie relative ... qu’est-ce qui m’arrive ? Que va-t-il se passer ?

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La douleur est supportable mais l’inquiétude grandit : et mes parents dans tout ça ?

Un homme s’approche et me regarde. Il tient une compresse sur son œil tuméfié.

« Tu vas payer pour ce que tu m’as fait ... t’es pas prêt de sortir de taule ! »

Est-ce bien mon projectile qui l’a touché ? Je l’ignore mais ils sont deux à l’affirmer.

Inutile de nier ... et puis il faut assumer : même si ce n’est pas ma pierre qui l’a atteint, le fait de l’avoir lancée au dernier moment manifeste l’intention de blesser quelqu’un.

Oui, il va falloir payer.

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Pendant que mon cauchemar devient réalité, le calme revient sur le Quartier Latin.

Je suis transféré au Palais de Justice dans un fourgon de police où je vais découvrir un monde souterrain réservé aux délinquants et criminels de tous bords.

Seul dans une cellule du dépôt avec un banc, un WC turc dans un coin, une petite fenêtre inaccessible avec des barreaux, la porte et son judas permettant de vérifier si l’occupant est encore en vie ... voila l’horizon sinistre de mes premières heures de captivité.

Les lacets et tout ce qui pourrait inciter à se stranguler m’ont été enlevés.

Après un temps indéterminable, un bol de bouillon m’est offert. Malgré l’odeur et le goût, je crois m’en être contenté.

Il faudra s’y habituer, les petits plats cuisinés par maman c’est terminé pour un certain temps.

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Dans les étages supérieurs, le Palais de Justice côtoie les locaux de la police judiciaire au 36 Quai des Orfèvres.

L’or que l’on fabrique dans ces locaux ne brille guère de mille feux. Ce qu’il faut obtenir, c’est des aveux.

Je ne suis pas un interlocuteur réticent : je reconnais avoir jeté une pierre et ça leur suffit.

Le plus dur de cette journée du 29 mai, c’est le moment où, assis sur un banc du couloir, je vis s’avancer mon père ...

Quand il m’a pris dans ses bras en jurant contre ceux qui m’avaient ainsi défiguré, j’ai pleuré comme le gosse qui pleure encore en écrivant ces lignes.

Les sous-sols insalubres du Palais de Justice, il les a connus en 1942 avant d’être déporté en Allemagne.

Il sait où je dormirai ce soir ...

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Mais le plus pénible reste à venir : la perquisition.

Car ce gamin de 17 ans sur lequel on a seulement trouvé un canif est peut-être un dangereux terroriste.

Nous voici entassés dans une voiture de police. Le long des quais de Seine, je sombre dans la détresse.

Je n’ai jamais été suicidaire mais aujourd’hui j’ai envie de mourir, de n’avoir jamais existé. Je suis au fond du trou, ce cauchemar aura-t-il une fin ?

A la maison, il faut aussi affronter le visage effondré de ma mère. Pressentant la visite des policiers, elle a fait le ménage dans ma chambre en éliminant les paquets de tracts qui s’y trouvaient.

Maigre butin pour nos enquêteurs : ils repartiront avec le journal intime que je tenais depuis 2 ans.

De retour au Quai des Orfèvres, je vois germer dans leurs regards une lueur de compassion lorsqu’ils décident de jeter à la poubelle leur seule pièce à conviction.

Ensuite, ils me reconduisent au dépôt pour y passer une seconde nuit.

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Ce n’est plus la même cellule et, comble du luxe, j’ai droit à un matelas sur le sol et une couverture. Que faire sinon dormir ... dormir pour oublier.

Le lendemain, 30 mai, dans l’après-midi, je suis présenté au juge d’instruction en présence de mon père, de l’avocate qu’il a contactée et du brigadier qui m’a interpellé.

Le juge pour enfants me dévisage et s’adresse au policier :

« Vous n’y êtes pas allés de main morte !

- On a eu du mal à le maîtriser car il se rebellait. Et puis il s’est cogné contre la portière de la voiture. »

Le juge esquisse un vague sourire qui laisse entendre qu’il n’est pas dupe puis me notifie les chefs d’inculpation.

J’ai blessé un brigadier chef à l’œil et on ignore s’il perdra ou non celui-ci. Je vais être transféré à la prison de Fresnes, au quartier des mineurs.

En sortant de son bureau, l’avocate s’approche de moi :

« En mai 1968, mon fils était secouriste et il a vu comment se comportaient les policiers. Je suis de tout cœur avec vous. Il ne faut pas vous en faire, tous les grands révolutionnaires ont fait de la prison. »

N’ayant jamais eu l’envergure d’un grand révolutionnaire, je m’en serais bien passé.

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En soirée, je suis embarqué avec d’autres prévenus dans un fourgon cellulaire aux vitres peintes et grillagées. Il va traverser le Quartier Latin en direction de Fresnes, emprunter des rues où, 48 heures plus tôt, je circulais en toute liberté.

Qu’est-ce que la liberté ?

C’est bien souvent quand on la perd que l’on s’aperçoit qu’elle existait. Deux jeunes affectés au nettoyage du hall m’interpellent :

« C’est les flics qui t’ont fait ça ? »

Le surveillant qui m’accompagne ne me laisse pas le temps de répondre. Je suis pris en charge par un éducateur qui m’accompagne à la douche après rasage du crâne, inventaire des effets personnels, remise de la tenue vestimentaire.

Tous les prévenus sont habillés d’une veste et d’un pantalon bleus, chaussés de tennis en permanence qui favoriseront les mycoses estivales.

Les mineurs n’ont pas droit à la « cantine » pour acheter des produits à l’intérieur de la prison.

Seul le tabac m’est proposé et, quoique non fumeur, j’accepte en songeant que cela m’aidera à passer le temps.

Puis je découvre la cellule où je vais séjourner une semaine, à l’isolement, sans sortie.

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C’est une forme de mise en condition ... chacun peut ainsi méditer sur ses erreurs passées.

Les journées sont interminables et j’accueille favorablement l’invitation d’un prêtre au culte dominical organisé dans le hall. C’est ma première messe ... et il s’écoulera plusieurs décennies avant d’en entendre une autre.

Les visites ont lieu une fois par semaine le samedi. Pendant toute la durée de ma détention, mes parents ne manqueront jamais ce rendez-vous précieux. Je suis un privilégié car certains prévenus n’ont pas de visite.

Au terme d’une semaine, le rythme de vie va changer. Je suis affecté dans une cellule en compagnie d’un autre jeune. J’arrête de fumer.

Comme il faut préparer le bac de français, je serai dispensé momentanément de la formation en atelier afin de pouvoir réviser. Mes parents m’ont apporté le nécessaire et prévenu le lycée afin que mon dossier soit transféré à Fresnes. Les épreuves se dérouleront fin juin dans l’enceinte de la prison.

Après, je réintégrerai le droit commun : deux mois d’apprentissage dans un des trois ateliers.

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Je choisirai la maçonnerie plutôt que la menuiserie ou la peinture. Lorsque la détention dure au-delà de cette période, les prévenus sont affectés à la confection de portemanteaux en tiges métalliques revêtues de plastique.

L’atelier n’occupe qu’une demi-journée. Si c’est le matin, il y a une heure de sport dans la cour de la prison l’après-midi. Pendant une autre heure, un éducateur s’efforce de nous faire découvrir quelques travaux manuels ou de tester nos connaissances scolaires.

Les éducateurs sont assez sympathiques tout en conservant les distances nécessaires aux conditions de la détention. Comme j’ai retrouvé un militant anarchiste arrêté le 27 mai et un de ses amis maoïste, nous demandons à nous retrouver dans la même cellule ce qui nous est accordé.

Mais la tolérance a des limites. Le jour où nous sommes montés sur la fenêtre pour chanter l’Internationale a donné lieu à une mise en garde qui nous dissuadait de recommencer.

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Pourtant, il fallait bien couvrir le son de la radio murale qui fonctionnait en permanence depuis le réveil, à 7 heures du matin, jusqu’à extinction des feux.

Nous avons été dispensés de radio pendant trois jours lors du procès en cour d’assises d’un de nos co-détenus. Il s’appelait François et attendait depuis plus de deux ans son jugement.

A l’âge de 15 ans, il avait enlevé un enfant qu’il avait tué après avoir exigé une rançon. Les enquêteurs ont supposé l’existence d’un complice adulte mais François ne l’a jamais confirmé. Condamné à 15 ans de réclusion criminelle, il a quitté Fresnes le lendemain pour rejoindre une prison centrale.

Peu de détenus mineurs étaient susceptibles de passer en cour d’assises. Entre le voleur de cyclomoteur et le tueur d’enfant, il y a avait des racketteurs d’homosexuels, voleurs à la roulotte, complices de braquages, violeurs collectifs …

Quand je mentionnais les raisons de mon incarcération, je suscitais fréquemment la sympathie. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir envoyé un brigadier à l’hôpital !

« Tu finiras en Centrale » me dit un jour un de mes camarades sur le ton de la plaisanterie.

Car si le brigadier perdait un œil, j’étais passible de la cour d’assises. Aussi ai-je eu droit, en plus de l’entretien avec un psychologue, à une audition par une psychiatre.

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L’écrit et l’oral du bac se sont déroulés comme prévu.

Les semaines s’écoulaient et mes deux complices de cellule avaient été jugés, condamnés à une peine avec sursis et libérés.

D’autres délinquants arrivaient et les juges partaient en vacances. Je passerai de toutes évidences l’été à l’ombre.

Dans les cellules de Fresnes, le chauffage était assuré en hiver par des canalisations longeant les murs. A une extrémité, il y faisait trop chaud, à l’autre trop froid.

En été, on étouffait la plupart du temps dans les cellules. La nuit tombée, quand le silence s’installe, quelques sanglots d’un gamin désespéré pouvaient parfois s’entendre.

On apprenait parfois qu’un tel avait tenté de se suicider en avalant une cuiller ou une fourchette et tel autre du produit à récurer.

Ils étaient ainsi transférés à l’hôpital carcéral voisin de la prison pour y séjourner quelques temps.

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Les nuits estivales étaient aussi une aubaine pour les punaises qui grouillaient sous la peinture écaillée. Quelques minutes après l’extinction de la lumière, nous sortions les briquets pour en brûler quelques unes qui crapahutaient sur le plafond.

Mais certains lits en étaient infestés et leurs occupants couverts de piqûres.

Vers la fin du mois de juillet, peu avant les congés de mon juge d’instruction, je suis extrait pour me rendre au Palais de Justice.

Je ne sais pas pourquoi je suis ainsi emmené un matin ... cette absence d’informations, ce silence des autorités, le fait d’être simplement un numéro de dossier, un objet qui flotte au gré d’une institution dont la lenteur est exemplaire, contribue largement à briser le moral.

Et les conditions de séjour dans les locaux de la Souricière, sous le Palais de Justice, ne sont pas de nature à réconforter le prévenu.

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La description ci-après date de 1890.

Cela s'appelle la Souricière, et vraiment on ne saurait y appliquer un nom plus significatif. Deux rangs de cellules superposées, vingt-cinq par en bas, vingt-cinq au-dessus en forme de soupente, reçoivent chacune un prévenu ; l'intérieur de ces cellules, aussi élémentaires qu'une boîte à dominos, renferme uniquement un siège de bois immobile dans la première encoignure à droite, et au fond un autre siège dont on devine la destination. Chaque cellule se ferme par un grillage hermétiquement boulonné, à l'exception d'une sorte de judas s'ouvrant à volonté au-dessus du siège d'entrée, de telle façon que le détenu, tout en demeurant assis, peut voir ce qui se passe dans la galerie et en respirer l'atmosphère empestée. Presque tous usent de la seule facilité qui leurs soit accordée pour charmer une attente qui dure quelquefois plusieurs heures.

L'arrivée d'un visiteur privilégié est pour eux une bonne fortune, et tous les judas se garnissent de faces grimaçantes, hâves et étiolées, sur lesquelles le vice a marqué son empreinte, mais qui respirent surtout une indifférence bestiale. Cette file de cages grillées offre une analogie frappante avec la galerie des animaux féroces au Jardin des Plantes ; à la place des tigres, des hyènes et des chacals, supposez des créatures humaines et vous vous ferez une idée exacte de ce lieu d'horreur. Légalement, il s'appelle le dépôt du Parquet ; le monde des voleurs l'appelle les trente-six carreaux, et le gardien-chef en est le vitrier.

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L’architecture du Palais de Justice qui date de Napoléon III a été conçue pour que le public ne puisse croiser un détenu menotté et encadré de deux gardes mobiles.

C’est pourquoi on a construit le réseau de la Souricière, qui est du même coup très compliqué parce que ses ramifications et ses petits escaliers à vis doivent desservir toutes les salles d’audience et les cabinets d’instruction. C’est une véritable cité souterraine avec ses panneaux indicateurs, comme dans les égouts !

En 1970, un siècle plus tard, rien n’a changé. Les premiers travaux d’embellissement ont eu lieu ... en 2009.

Après avoir mijoté quelques heures dans ce haut lieu du patrimoine, je rencontre le juge qui m’annonce que la demande de mise en liberté provisoire formulée par mon avocate est rejetée. Etait-ce bien la peine de se déplacer pour entendre ça ?

Elle m’invite à la patience : elle renouvellera sa demande au mois de septembre. Il faut se mettre à la place du juge, c’est un dossier politique et il ne faut pas contrarier les instances supérieures qui décident de sa carrière.

Le brigadier aura des séquelles mais ne perdra pas son œil. Je serai donc jugé par un tribunal correctionnel.

Je lui fais confiance. Mon père m’a informé que mes amis, Etienne et Laurent, étaient venus lui proposer l’argent qu’ils ont gagné en travaillant cet été pour payer un avocat.

Il a refusé par principe, considérant qu’il lui incombe de prendre en charge les conséquences de mes actes.

De plus, après avoir demandé un premier versement au début, mon avocate lui a signalé qu’elle ne demanderait pas d’autres honoraires.

Le mois d’août s’écoule et je vois passer la rentrée scolaire sans aucune nouvelle.

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Est-ce dans l’après-midi du 10 septembre ?

La porte s’ouvre et l’éducateur me dit sans autre commentaire :

« Tu fais ton paquetage pour être prêt dans une demi-heure. »

Libération ? Changement de cellule ? Ou transfert à Fleury-Mérogis ?

Ce transfert des jeunes qui approchent 18 ans dans cette nouvelle prison est plutôt redouté.

Fresnes, ce n’est pas la joie, mais il subsiste des relations humaines.

Je franchis en sens inverse toutes les étapes du 28 mai et me retrouve dans une salle d’attente.

La porte extérieure s’ouvre bientôt pour laisser entrer mon père qui est venu me chercher.

Qu’ai-je ressenti en cet instant ? Joie ? Exultation ?

Cet instant attendu depuis plus de trois mois aurait dû être inoubliable d’intensité. Il n’en fut rien.

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J’ai regardé avec satisfaction les murs extérieurs de la prison qui s’éloignaient, savouré le fait que les vitres de la voiture de mon père ne soient pas opaques comme celles des fourgons cellulaires, apprécié la vie sur les trottoirs, les passants, les commerces ouverts, la banlieue … mais mon cœur ne battait pas plus fort.

J’allais retrouver la banalité de la vie quotidienne et, à peine sorti, je me révélais déjà incapable d’apprécier cette renaissance sous le ciel de la liberté.

« Les Blancs désirent toujours quelque chose, ils sont toujours inquiets, ne connaissent point le repos. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent. Nous ne les comprenons pas, nous croyons qu’ils sont fous ! »

Cette confession recueillie par Carl Gustav Jung auprès d’un indien Pueblo du Nouveau-Mexique en 1925 illustre bien le mode de pensée des générations occidentales issues du XXème siècle.

Trop éloignés des réalités fondamentales, gavés de superficiel, nous cherchons désespérément à combler un manque de références spirituelles.

L’adolescent forgé par la société de consommation où tout se jette peut-il encore s’attacher à quelque chose ... ou à quelqu’un ?

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Pourtant, les valeurs fondamentales comme l’amour ou la fidélité, subsistent souvent derrière le masque affiché aux yeux du monde. Nous jouons un ou plusieurs rôles en fonction des spectateurs.

Lorsque je m’inquiétais de voir Etienne arpenter en solitaire la cour de récréation du lycée, il finit par me révéler son maître mot : « La comédie ».

Il faisait semblant, comme tant d’autres, comme moi ... à chacun son style.

Sorti de prison, mes parents devaient être rassurés en croyant que je n’irai plus manifester. Ce fut vrai ... pendant un temps. Mais ce besoin de rébellion me collait à la peau avec son cortège de nuisances et de dérives : dégradations volontaires, provocations, incitations à la violence.

Et puis, ce séjour n’était-il pas gratifiant aux yeux de mes amis ?

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C’est à l’automne 1970 que j’ai commencé à jouer de la guitare. J’allais ainsi écorcher quelques 200 chansons pendant plus de 10 ans, essentiellement Brassens mais aussi Brel, Ferrat, Ferré, Moustaki, Le Forestier, Nougaro ...

Ce n’est pas le fait de jouer d’un instrument mais de chanter qui me plaisait. J’ai souvent un chant dans la tête où sur les lèvres. Je fredonne seul dans mon coin ou en société ce qui n’a pas manqué de déplaire à plus d’une personne de mon entourage, notamment mes deux premières épouses.

Cela devait même gêner Laurent qui me lança un jour : « Chanter, c’est s’intégrer ! »

Formule anarchisante que l’on pourrait décliner à toutes les sauces : « Voter, c’est s’intégrer … Ecrire, c’est s’intégrer … Parler, c’est s’intégrer … » quelle activité sociale peut prétendre échapper à la volonté légitime d’intégration de l’individu ?

Cette « manie » me venait de toutes évidences de maman qui chantait souvent et aimait écouter de la musique.

Les berceuses et autres comptines sont à mon sens un élément important de l’éveil enfantin, une contribution à son développement de l’audition et d’une perception harmonieuse du milieu ambiant.

J’ai chanté pour mes enfants, je leur chante encore et je souhaite pouvoir chanter jusqu’au dernier souffle.

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