Les Evangiles

1972 : LES QUATRE EVANGILES

Inscrit en première année de géographie à l’université, j’avais déserté les cours au bout de quelques mois.

Mes journées d’étudiant oscillaient entre les séances de cinéma et de longues errances dans les rues de Paris.

Je ne manquais pas une occasion de rejoindre la fac lorsque celle-ci commençait à s’agiter, soit pour se mettre en grève, soit pour se battre avec les fascistes du GUD.

J’achetais toutes sortes de livres à bas prix, le plus souvent orientés vers le marxisme, l’anarchisme, en rêve de révolution.

Mais c’est aussi à cette époque que j’ai lu "Mein Kampf" d’Adolph Hitler.

Les Evangiles

On peut renvoyer dos à dos Hitler et Staline, les camps de concentration nazis et les goulags de Sibérie.

Mais le palmarès de l’horreur revient incontestablement à la "solution finale" préconisée par les nazis à l’encontre des Juifs avec les camps d’extermination.

Même si l’ouvrage d’Hitler rédigé en 1923 n’évoquait pas une extermination aussi radicale du peuple juif, son idéologie en constituait le soubassement.

Au fil de mes errances, il m’est arrivé de pénétrer dans la faculté d’Assas, fief de l’extrême-droite avec son syndicat musclé (le GUD), à l’occasion d’un meeting de l’organisation "Ordre Nouveau".

Bon nombre de ses militants se retrouveront ultérieurement au Front National de Jean-Marie Le Pen.

Au cours de ce meeting, j’entendis plusieurs orateurs : l’un, crâne rasé, nous faisait l’apologie d’Hitler ; l’autre avec son costume et sa cravate se lamentait sur la déchéance des valeurs de l’Occident ; le suivant, habillé et chevelu comme un hippie, s’efforçait de démontrer que le nationalisme n’était pas incompatible avec la paix.

Les Evangiles

Peu de temps après, je me retrouvais encore à la faculté d’Assas mais cette fois dans les rangs du "Secours Rouge" qui regroupait des mouvements d’extrême-gauche.

Ceux-ci avaient décidé de tenir par la force pendant 24 heures la faculté de droit.

Ainsi, que ce soit par mes lectures ou mon comportement, allant de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, je ressemblais à ces hommes dont parlait le prophète Esaïe (53.6) :

« Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie. »


Les Evangiles

Un jour où je flânais sur les quais de la Seine du côté des bouquinistes, j’ai feuilleté un livre intitulé : "Les quatre Evangiles".

Je l’ai acheté pour 20 francs, je l’ai lu puis je l’ai rangé dans ma bibliothèque en songeant que tout ceci était bien dépassé.

Fondamentalement, le personnage de Jésus tel qu’il était décrit dans les Evangiles ne m’était pas antipathique.

Au regard des valeurs de solidarité qui étaient les miennes, j’aurais même pu réagir positivement en lisant Matthieu 25.35-36 :

« J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi. »

Mais mon heure n’était pas venue ... j’avais seulement ramassé une graine semée sur mon chemin.

Les Evangiles

Au gré de mes déménagements, j’ai donné ou jeté tous les livres de ma bibliothèque.

Tous, sauf un.

27 ans plus tard, lorsque j’ai voulu vérifier quelques affirmations que je lisais par ailleurs sur la vie de Jésus, j’ai retrouvé sans difficulté "Les quatre Evangiles" dans les combles de ma maison.

Ce livre est depuis resté à portée de main ... aux côtés d’une demi-douzaine de traductions différentes de la Bible qui sont venues lui tenir compagnie.

Je ne pense pas qu’un livre quel qu’il soit mérite d’être sacralisé comme le conçoivent beaucoup de croyants.

Pourtant, si je l’ai conservé alors que j’étais dépourvu de foi, c’est bien parce que le Semeur qui a attiré mon attention sur ce livre en 1972 savait à quel point son contenu pourrait révolutionner ma vie.

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