La course à pied

1989 : LA COURSE A PIED

L’été 1988 avait été très riche en randonnées alpines et pyrénéennes.

Avec l’automne, j’ai commencé la course à pied comme activité de substitution.

A Pâques 1989, je me suis inscrit pour une première compétition d’une dizaine de kilomètres.

A 36 ans, il ne fallait pas s’attendre à des miracles mais, de courses en courses, avec un entraînement mieux adapté, je suis passé de la seconde moitié du peloton dans le premier quart.

Les distances se sont allongées avec le semi-marathon, et diversifiées avec les courses en montagne.

Tout ça pourquoi ?

La course à pied

N’ai-je donc vécu ces années que dans l’attente de la prochaine course ou de la saison de montagne qui s’en suivrait ?

J’ai du mal à imaginer qu’il en soit ainsi.

Pourtant, à bien y réfléchir, à raison de deux ou trois entraînements hebdomadaires en course à pied, il est clair que ce besoin d’évasion solitaire persistant me donnait le sentiment d’exister.

Ma devise aurait pu être : "Je cours, donc je suis."

Rien à voir avec cet objectif de l’apôtre Paul :

« Je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. » (Epître aux Philippiens 3.14)

La course à pied

Quel était mon but ?

Prouver mes capacités ?

Aux autres ou à moi-même ?

Le regard des autres m’a toujours semblé secondaire du fait de cette directive paternelle intégrée dès l'enfance :

"Tu travailles pour toi." (Souvenir de 1961 : "les devoirs")

Faire mieux que les autres ?

Je ne les percevais pas comme des concurrents à dépasser mais comme un ensemble motivant qui m’incitait à me dépasser.

Il m’incombait donc de faire mieux ... que moi-même.

Aller jusqu’au bout ?

Oui, l’abandon était à proscrire, mais tout comme en montagne il n’y a plus rien après le sommet ... que restait-il après l’arrivée d’une course ?

La course à pied

Des courbatures, des souvenirs, parfois des blessures, le sentiment d’avoir pu maîtriser son corps, de le sentir vivre.

Il y a dans tout ceci une grande part d’illusion.

La jeunesse permet d’entretenir un sentiment d’immortalité physique qui va décliner avec l’âge.

Le psychologue analytique Carl Gustav Jung identifiait dans la vie de l’homme deux étapes : la première partie de la vie, essentiellement physique, et la seconde partie imprégnée de spiritualité.

Quoi de plus normal puisque notre déclin vers la mort physique devrait nécessairement nous inciter à nous interroger sur notre avenir spirituel.

Toutefois, beaucoup ne connaissent pas cette quête d’éternité et s’en remettent aux lois de la nature :

"C’est ainsi, il faut tôt ou tard en finir."

Je n’ai jamais pu accepter cette fatalité !

Nous ne sommes pas des légumes dont l’existence serait "le fruit du hasard et de la nécessité" comme le croyaient le philosophe grec matérialiste Démocrite ou, plus contemporain, le biologiste Jacques Monod.

La course à pied

Notre corps est un support qu’il faut respecter et entretenir, mais sans tomber dans la vénération chère à notre société du spectacle et de consommation où il faut avant tout savoir se montrer pour séduire.

Posons donc des limites en termes d’équilibre !

"Un esprit sain dans un corps sain" écrivait le poète romain Juvénal.

Cette phrase répondait en fait à une interrogation sur le rôle des dieux dans la guérison des maladies.

La citation complète de ce poète païen est : "il faut prier afin d’obtenir un esprit sain dans un corps sain".

Qu’il me soit ici permis de transposer cette citation dans l’optique chrétienne en ces termes :

Il faut prier afin d’obtenir un esprit saint dans un corps saint !

L’apôtre Paul écrivait aux disciples chrétiens :

« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? » (Première épître aux Corinthiens 6.19)

Car si tout "corps sain", ou malsain, est appelé à dépérir, même si Dieu apporte des guérisons ponctuelles, la guérison de l’âme permet à l’esprit sanctifié d'accéder à l'éternité.

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