La crise de la quarantaine

1993 : LA CRISE DE LA QUARANTAINE

Après un trail de 90 kilomètres en septembre 1992, j’ai ressenti une fatigue résiduelle accompagnée de multiples bobos.

En consultant mes notes de 1993, je relève :

"Les performances en course sur route stagnent et, au mois de mai, après un inventaire des points sensibles (voute plantaire, tendon d’Achille, genou, dorsalgie) auxquels s’ajoute un muscle de la cuisse anesthésié (un nerf serait temporairement bridé), j’ai compris qu’il fallait savoir s’arrêter."

Après plusieurs mois de repos, j’ai repris les activités sportives avec moins d’intensité.

La quarantaine était au rendez-vous de la vie, il fallait s’adapter ... mais il y avait du vague à l’âme.

La crise de la quarantaine

Cette sensation est-elle une manifestation de la crise de la quarantaine ?

Il est certain que la dégradation de ma condition physique a influé sur le moral.

Et il a suffi que j’apprenne le décès d’un animateur de télévision à l’âge de 40 ans consécutivement à un cancer des os pour m’interroger sur mon état de santé.

Le contexte familial entretenait aussi cette crainte puisque ma mère, opérée en 1979 d’un cancer du sein, commençait à manifester des douleurs lombaires consécutives à de probables métastases.

Comme je ne souhaitais pas déranger mon entourage avec mes problèmes, j’ai ruminé dans mon coin en attendant que cela se passe.

La crise de la quarantaine

Ce coup de vieux ne risquait pas d’améliorer ma relation conjugale puisque cela accentuait ma tendance au repli sur soi.

Toutefois, même si celle-ci ne cessait de se dégrader (Souvenir de 1988 : "liaison fatale"), je n’ai pas cherché pour autant, à cette époque, à retrouver une nouvelle jeunesse sur le plan affectif comme c’est souvent le cas pour les quadragénaires.

Je n’attendais plus rien de ce côté et m’enfermais dans la résignation.

Je n’éprouvais même plus l’envie d’écrire et je suis resté plus d’un an sans laisser la moindre trace.

La crise de la quarantaine s’est manifestée comme une page blanche venant s’insérer entre les deux sphères de ma vie.

La crise de la quarantaine

J’ai lu par la suite dans un ouvrage du psychologue analytique Karl Gustav Jung que la vie peut ainsi se décomposer en deux phases.

La première est axée sur la dimension physique de l’homme, la seconde sur sa dimension spirituelle.

Il s’agit bien sûr de tendances et il est probable que tout le monde ne reflète pas cette typologie.

Il faut de plus prendre en compte une période transitoire de plusieurs années pendant laquelle la dominante physique cède le pas au spirituel.

Ce processus s’inscrit en parallèle d’une prise de conscience de la fragilité de notre condition physique : après la phase ascendante, l’individu se voit confronté à la réalité de sa déchéance avec la tombe pour terme inévitable.

La crise de la quarantaine

En 1995, lors de la mort de ma mère, j’ai eu l’intime conviction d’avoir atteint, à 42 ans, la moitié de ma vie.

21 ans se sont écoulés et j’ai réalisé en 2016 que, suivant ce décompte, j’avais atteint les trois quarts de ma vie.

J’en ai ressenti une grande satisfaction !

Une telle réaction est surprenante car ma vie est loin d’avoir été une charge insupportable qui justifierait de vouloir en finir.

Mais le fait d’envisager le terme de cette vie terrestre aux alentours de 84 ans m’incite à penser que je pourrai écrire alors, comme le fit l’apôtre Paul à la fin de sa vie :

« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. » (Seconde épître à Timothée 4.7)

Je pense que ma satisfaction vient du fait que mon parcours a fini par me diriger vers le "bon combat" : celui de la foi.

C’est à ce titre que je trouve mon passé satisfaisant.

Comme je poursuis ce bon combat depuis l'année 2004, mon présent est tout aussi satisfaisant.

Enfin, comme j’entends le poursuivre avec persévérance jusqu’au dernier souffle, j’en ressens une joie encore plus grande.

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