La guerre

1962 : LA GUERRE D'ALGERIE

Je connaissais déjà l’histoire de la seconde guerre mondiale en détail, tant sur le front de l’ouest que dans le Pacifique.

Mes rêveries se peuplaient de brillants combattants de la liberté parmi lesquels figurait un enfant qui n’avait pas même dix ans.

Pour jouer à la guerre, je n’avais pas besoin de console vidéo ... l’imagination suffisait.

"La Bataille du rail" de René Clément, qui exaltait les héros de la Résistance, était régulièrement diffusée à la télévision.

Mais il y avait des zones d’ombre ... notamment lorsque j’ai vu le film d’Alain Resnais "Nuit et brouillard".

Les héros de la Résistance laissaient la place à des corps squelettiques.

Qui étaient les Juifs ? Pourquoi voulait-on les éliminer ?

La guerre

La face cachée de la guerre me frappait au visage : non ce n’était pas un jeu mais une mortelle réalité !

Les évènements d’Algérie nous rappelaient que la guerre n’appartenait pas au passé.

En cours d'année scolaire, un nouveau est arrivé dans mon école.

Qui était ce garçon silencieux qui avait plusieurs doigts amputés à la main ?

Il avait ramassé une grenade ... là-bas, au pays d’Enrico Macias.

La guerre

Pourquoi ce vieil homme que j’aimais bien écouter à la télévision, même si je ne comprenais pas tout ce qu’il disait, Frédéric Pottecher, avait-il vu son appartement voler en éclat suite à un plasticage de l’OAS ?

C’est comme si c’était mon grand-père que l’on agressait.

Qui étaient ces anonymes qui peignaient sur les murs OAS ?

Des terroristes ?

Quel monde étrange ... pendant la seconde guerre mondiale, les Résistants étaient aussi qualifiés de terroristes par les autorités allemandes.

Puis les terroristes sont devenus des héros à la Libération.

Les plastiqueurs de l’OAS deviendront-ils un jour des héros ?

Il suffirait qu’un jour leurs héritiers spirituels d’extrême-droite accèdent au pouvoir et les assassins d’hier deviendraient peut-être des idoles ...

Tout comme il suffirait que des intégristes musulmans prennent le pouvoir en France pour que les soldats de l’Etat Islamique deviennent des héros !

La guerre

Tout ceci semblait bien confus ... je découvrais la politique, avec toute sa relativité !

J’allais tomber dedans par la suite ... et cela n’a rien à voir avec la potion magique du célèbre Obélix.

Quel plaisir de découvrir une nouvelle bande dessinée que l’on avait attendue pendant six mois ... personne ne mourrait au pays d’Astérix, même les Romains semblaient rebondir quand ils tombaient de plusieurs centaines de mètres !

Pour ma part, j’allais tomber dans le bain de l’illusion du changement collectif ...

Les partis politiques ont le don de faire croire que si l’on confie le pouvoir à une minorité de dirigeants issus de leurs rangs, ils se chargeront de changer les choses à notre place et dans notre intérêt.

Mais pour changer un groupe, il faut d’abord en changer les membres.

La guerre

Pour changer le monde, il faudrait qu’une majorité d’individus soient transformés.

Or cela ne s’est jamais produit.

Quand j’ai tourné la page des illusions perdues, j’ai découvert de nouvelles pages.

Elles ne me parlaient plus d’ambitions personnelles, de volonté de pouvoir, de cupidité, de guerres et de souffrances, mais elles me murmuraient des messages comme celui-ci, aussi doux à l’oreille que les contes de mon enfance :

« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi ... »

(Epître de Paul aux Galates 5.22)

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