Le désert

4. Le désert

L’activité la plus ancienne dont je me souvienne consistait à dessiner sur des rouleaux de papier un petit bonhomme qui creusait un trou dans la terre pour s’y enfoncer.

Si la terre symbolise la mère, certains y verront une volonté manifeste de réintégrer la sécurité et la paix de la matrice maternelle.

Mais d’autres rêves me révéleraient ultérieurement que cet enfouissement relevait plutôt du cauchemar tout en symbolisant l’environnement d’un parcours initiatique.

Ainsi commençait la traversée du désert ...

Le désert

Car le petit bonhomme ne creusait pas son souterrain pour s’y blottir, mais en trouver l’issue ... peut-être déjà pour trouver un sens à cette vie ?

Et je gommais pour le faire avancer, et le bonhomme creusait, creusait ...

Par la suite, mes frayeurs nocturnes ne furent plus liées à des rêves de chute car ce qui m’angoissait, dans notre pavillon, c’était le sous-sol.

J’ai plusieurs fois rêvé qu’il fallait y descendre en pleine nuit et les interrupteurs défaillants ne répondaient plus, me plongeant dans les ténèbres.

Cette « descente aux enfers » n’est-elle pas l’expression d’une crainte envers ce qui réside au plus profond de soi, dans le sous-sol de l’inconscient ?

Le désert

Une crainte légitime ... et largement partagée.

Le monde des profondeurs recèle des merveilles ... et des dangers.

C'est le monde du silence, à l'image des fonds marins.

Si tu plonges seul, tu t'engages dans la traversée du désert.

N'attends aucun secours de l'extérieur !

La solitude de l'enfance a forgé mon caractère pour m'apprendre à vivre sans compter sur les autres ... ou le moins possible.

J'allais ainsi m'engager dans une traversée du désert qui durerait plus de quatre décennies.

Le désert

A l’âge adulte, j’ai essayé la spéléologie et la plongée sous-marine.

Une angoisse de claustrophobe m’a incité à faire demi-tour sans attendre : le bonhomme savait que, plus il s’enfonçait, plus il serait dur de trouver la sortie !

Par contre, la montagne et les sommets, les espaces ouverts et verdoyants m’ont toujours attiré.

Le « ciel » du grenier n’avait rien de commun avec celui du Mont-Blanc.

Mais c’était un premier pas pour m’élever au-dessus de ce monde qui semblait si inquiétant.

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