Yin et Yang

26. Divorce, adultères et dépression

Colette avait été engagée dans un centre de loisirs et au mois de mai 1979 elle partit une semaine en formation.

Au retour, elle m’annonça sans ménagement qu’elle avait eu une relation avec un autre homme et qu’elle voulait que l’on se sépare.

J’aurais dû être soulagé ... mais j’ai souffert.

J’ai souffert parce qu’elle me jetait cela au visage comme une vengeance, elle voulait me faire payer le fait de ne pas être celui qu’elle espérait.

Après une nuit blanche, je me suis résigné.

Nous avons vécu encore un mois ensemble sous le même toit, le temps de trouver un logement et nous sommes même partis quelques temps en vacances en Ardèche.

Yin et Yang

Prise de remords, elle m’a demandé un jour de rester ensemble.

Je me suis senti aussi froid qu’un marbre devant ses larmes.

J’avais souffert et je n’avais pas envie que cela recommence.

Comme à Christine, j’aurais pu lui dire : « Tout ça, c’est fini, c’est du passé. » (20)

Yin et Yang

Elle a déménagé peu après et nous nous sommes progressivement perdus de vue jusqu’au divorce à l’amiable qui fut prononcé en 1980.

Après ces deux échecs sentimentaux, mon cœur s’est refermé pour 25 ans.

Une carapace allait désormais protéger mon affectivité.

Ayant fait part de ma séparation en Mairie de Rissy, il ne s’écoula pas deux mois avant d’avoir une liaison avec une femme mariée qui travaillait aux services techniques.

Son mari la trompait, elle en faisait autant, et chacun vivait ainsi sa vie.

Puis j’eus les visites fréquentes d’une autre femme, Catherine, également mariée, mais son mari était loin d’être infidèle.

Tous deux étaient membres du Parti Communiste et j’avais de la sympathie pour son mari.

Ces considérations auraient dû me dissuader d’aller plus loin.

Yin et Yang

« L’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. »

Et la chair est d’autant plus faible que l’esprit est mal disposé.

Car la liaison que je venais d’avoir m’avait donné le goût des aventures faciles, sans lendemain, sans engagement.

Ce que je ressentais envers Catherine était sans commune mesure avec ce qu’elle vivait.

Elle était prête à tout abandonner : son mari, son fils de 3 ans. A côté d’elle, j’étais un nain affectif.

Quand son mari l’a appris, il a voulu se suicider avec leur enfant et Catherine a disparu pendant un mois de la Mairie.

J’ignore comment tout ceci s’est divulgué mais en cette fin d’année 1979 les commentaires allaient bon train.

Sa meilleure amie, Elisa, qui travaillait également à la Mairie, m’a servi un jour d’intermédiaire pour lui remettre un message.

Peu de temps après, Catherine m’a contacté pour la rejoindre dans un bar et m’annoncer qu’il ne fallait plus se voir.

J’ai acquiescé. Cette histoire virait au cauchemar et je n’étais pas mécontent d’en sortir.

Yin et Yang

Mais à peine est-elle revenue en Mairie, au mois de janvier 1980, que je la retrouve un soir dans mon bureau.

J’étais loin de l’aimer au point de vivre avec et elle le savait. Pourtant, elle ne pouvait renoncer.

Aucune femme ne m’avait autant aimé et je me sentais mal de ne pouvoir lui offrir l’équivalent de sa passion.

Elle vint un jour chez moi ... et je fus tellement décevant qu’elle repartit plutôt désabusée.

Je ne parvenais pas à me comprendre. Pourquoi étais-je aussi insensible ?

Depuis ma sortie de prison (17) en 1970, j’avais recommencé à écrire. Je feuilletais ces pages, ces dix années écoulées retracées au travers de mots qui me semblaient aussi creux que mon personnage.

J’attrapai le tout et, pour la seconde fois, mes mémoires ont terminé dans une poubelle.

Yin et Yang

A la fin du mois de janvier 1980, le comité des œuvres sociales du personnel organisait un week-end de ski en Savoie, où la commune possédait une colonie de vacances.

Je m’étais inscrit avec mon copain Ludovic. Catherine et son mari étaient aussi du voyage.

Pendant le voyage en car, j’ai fait la connaissance de la fille d’une employée de la Mairie.

Le lendemain, nous sommes allés faire du ski ensemble et le soir nous nous sommes isolés dans une chambre de la colonie.

Pourquoi ai-je fait cela ?

N’avais-je donc aucune considération pour Catherine qui allait l’apprendre de toutes évidences ?

Etait-ce le meilleur moyen de l’inciter à rompre afin qu’elle comprenne que notre relation ne conduirait à rien ?

Il subsiste une zone d’ombre sur mon comportement que je ne suis jamais parvenu à élucider.

Pour répondre à mon interrogation, Ludovic résuma un jour le problème en ces termes :

« Tu voulais te la faire et c’est tout ! »

Yin et Yang

Lorsque Catherine m’a convoqué dans sa chambre pour me demander des explications sur mon attitude aberrante, je suis resté muet, penaud comme un gamin que l’on sermonne et qui est incapable de se défendre.

« C’est quoi cette fille ? Pourquoi tu m’as fait ça ? Tu ne pouvais pas t’en empêcher ? Moi j’étais prête à tout pour toi ! »

Le lendemain, des chutes de neige abondantes ont provoqué des avalanches qui ont coupé les routes. Il faudrait différer notre retour à Rissy de 48 heures.

On ne pouvait plus skier, ni circuler en dehors du hameau. Un huis clos commençait ...

Quand je circulais dans les couloirs, les portes claquaient devant ou derrière moi : j’étais devenu infréquentable.

Seul Ludovic demeurait en ma présence, ce qui lui a valu par la suite d’être également tenu à l’écart par certains collègues.

Soutenue par deux amies, Catherine marchait la tête basse dans les rues pour cette dernière soirée.

Tout le monde se retrouvait dans le seul bar du hameau. Sur le juke-box, Francis Cabrel chantait :

« Je l’aime à mourir »

Yin et Yang

Je venais de gâcher une histoire d’amour et la vie d’un couple.

Il ne me restait plus qu’à raser les murs et assumer la vague de dégoût qui m’envahissait.

Je n’étais plus le « mec propre » (23) que Colette avait connu.

Pendant plusieurs mois, je suis venu travailler ainsi, avec un sentiment de vide et d’inutilité.

Le soir, je rentrais chez moi et il m’arrivait de m’allonger par terre en écoutant de la musique à fond pour ne plus m’entendre penser.

Parfois je partais à Paris, errais dans le Quartier Latin, commençais à faire la queue devant un cinéma puis, arrivé à la caisse je m’en allais avant de payer car aucun film ne m’intéressait.

La nourriture me semblait fade et j’avais l’obsession de ne pas prendre de poids ... ce qui n’a pourtant jamais été un problème pour moi.

Cette incapacité à éprouver du plaisir, et les autres symptômes connexes, reflétait un état dépressif consécutif au rejet social.

Yin et Yang

C’est à Ludovic que je dois ma réintégration sociale.

Il est resté, dans un premier temps le seul contact amical et m’a proposé de rejoindre son groupe de copains lors de leur départ en vacances dans les Pyrénées au mois d’août 1980.

J’ai fait leur connaissance au mois de juin.

Duvet, tente, sac à dos, chaussures de montagne ... l’équipement de base du randonneur allait envahir mes placards pour plus de deux décennies.

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