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1977 : LA VIE ACTIVE

Que pouvais-je faire avec une licence de géographie ?

Déjà, la France connaissait depuis 3 ans la montée du chômage tout en étant loin de la situation actuelle.

J’avais suivi des études parce que j’aimais la géographie mais je ne souhaitais pas enseigner.

J’étais sorti parmi les premiers de ma promotion à Paris IV et beaucoup pensaient que je préparerai le CAPES et l’agrégation mais je me suis seulement inscrit en maîtrise afin de pouvoir entrer dans la vie active.

Lorsque j’ai annoncé que j’allais entrer dans l’administration communale, un plaisantin m’a répondu : "Tu vas ramasser les poubelles ?"

Telle était l’image de la fonction publique territoriale qui ne portait pas encore ce nom à l’époque puisque nous étions seulement "assimilés fonctionnaires".

J’allais donc rejoindre le peuple des "sous-fonctionnaires", passer les concours de rédacteur puis le tout nouveau concours d’attaché communal en 1979.

J’ai rencontré de nouveau le plaisantin par la suite après avoir réussi mes concours.

Il préparait laborieusement l’agrégation et devait subvenir à ses moyens en travaillant la nuit au tri postal.

Je n’avais donc pas fait un si mauvais choix ...

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J’avais été recruté dans une commune voisine de celle où j’avais milité au PCF car je connaissais plusieurs responsables politiques pour avoir accompagné le cercle local des Jeunes Communistes.

Il s’agissait donc d’un recrutement fondé sur des critères politiques, d’autant que j’étais appelé à diriger le secrétariat du Maire communiste.

Cette fonction porte maintenant un nom plus prestigieux : "Directeur de cabinet".

L’ancienne secrétaire de la section locale du PCF dit un jour à ma sœur : "C’est un poste à siège éjectable !"

Tous les collaborateurs de cabinet sont sur des postes politiquement sensibles, mais ma situation était encore plus risquée car le Maire n’avait pas encore renoncé aux pratiques issues de l’ère stalinienne.

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A peine étais-je entré en fonction, en octobre 1977, que je l’ai vu écarter dans les mois suivants ses alliés socialistes qui lui avaient pourtant permis d’être réélu en mars 1977 mais qui osaient le critiquer.

Par la suite il a rompu les ponts avec un de ses adjoints, un communiste soutenu par la section locale qui est aussi entrée en opposition ouverte.

Au terme de ces affrontements, la commune a viré à droite aux élections municipales de 1983.

Normalement, mon siège éjectable aurait alors dû fonctionner.

Mais au lendemain des élections, en mars 1983, lorsque les vainqueurs m’ont cherché pour me mettre à la porte, ils ont trouvé un bureau vide.

J’avais été muté à l'autre bout de la France, le 1er avril 1983.

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Avais-je prévu cette défaite des communistes ? Absolument pas.

Mais un an auparavant, en avril 1982, un ange bienveillant m’avait soufflé à l’oreille qu’il était temps de quitter la Région Parisienne (Souvenir de 1982 : "la clairière").

Je n’étais pas fait pour le monde urbain, je n’étais pas fait pour les foules, je n’étais pas fait pour le Parti Communiste avec lequel j’avais pris mes distances en 1981, je n’étais pas fait pour une brillante carrière de fonctionnaire même si je m’étais reconverti dans la filière administrative en m'écartant de la filière politique.

Lorsque j’ai annoncé à mes collègues cadres mon départ en province au bord de la mer, certains m’ont envié ... pour se raviser aussitôt car "en province, il y a peu de promotions".

J'étais fait pour une vie de qualité ... et non une vie de quantité.

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Je suis toujours resté ensuite sur le même poste.

Pourquoi me suis-je satisfait de ce que j’avais sans chercher autre chose ?

En Matthieu 6.34, Jésus enseigne à Ses disciples :

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. »

L’insatisfaction, même lorsque l’on a ce qu’il nous faut pour vivre, est une cause fréquente du mal être.

Beaucoup vont ainsi chercher à l’extérieur les moyens d’améliorer leur condition humaine alors que la réponse se trouve à l’intérieur de l’individu.

Car ce n’est pas dans les apparences d’un brillant parcours professionnel mais dans un équilibre interne que s’accomplit la vraie vie active.

Etre ou paraître ? Telle est la question !

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