Les paras

1974 : LES PARAS

L'abréviation de "paras" peut désigner de nos jours une espèce de Pokémon ... ou les parachutistes.

A Tarbes, au 1er Régiment de Hussards Parachutistes (1er RHP), il n'y avait aucun Pokémon dans les années 70.

A peine incorporés, les nouveaux appelés étaient isolés deux mois dans un village situé entre Tarbes et Pau, au camp de Ger.

Coupés de toutes informations extérieures, le lieutenant-colonel nous réunit un jour du mois d’octobre 1973 dans le réfectoire pour nous annoncer que les pays arabes étaient en guerre contre Israël.

Il se voyait déjà entrain de sauter du côté de Suez comme en 1956, nous préparant à tout hasard puisque notre division parachutiste avait vocation pour ce type d’interventions. Un silence lourd d’inquiétude s’est installé dans le réfectoire ...

La guerre du Kippour allait durer moins de trois semaines mais elle fut à l’origine du premier "choc pétrolier" et l’occident allait entrer dans plusieurs décennies de crises économiques successives ... dont nous ne sommes pas encore sortis.

Peu après avoir passé le brevet militaire parachutiste à Pau, nous sommes embarqués pour la Corse à Calvi, hébergés pendant une semaine dans les locaux de la Légion étrangère, au 2ème REP.

Nous avons ainsi découvert les joies de la zone de saut de Borgo, un champ de cailloux qui laisse souvent des traces à l’atterrissage.

les paras

Etre communiste et appelé dans un régiment parachutiste peut poser quelques problèmes.

Je devais me cacher pour lire l’Humanité qui était à l’époque interdite dans les casernes.

Les engagés qui nous encadraient ne partageaient probablement pas mes convictions politiques.

Le lieutenant était un nostalgique de l’Algérie française, le maréchal des logis revenait du Tchad où il avait "cassé du nègre" et le MDL Chef avait, paraît-il, un portrait d’Adolph Hitler dans sa chambre.

Mais un matin d’hiver où nous marchions à l’aube, alors que j’admirais les couleurs de ce jour glacial qui se levait sur le piémont des Pyrénées, j’entendis le lieutenant me dire simplement : "C’est beau, hein ?"

Mon silence approbateur cachait ma réflexion : ainsi, même les fascistes peuvent avoir le sentiment du Beau.

N'avais-je donc pas en cet instant une communauté de sentiment et d'émotion avec cet homme ?

Que savais-je en fait de lui ? Que savais-je du policier que j’avais blessé en 1970 ? (Souvenir de 1970 : "la prison")

N’auraient-ils pas pu être des parents ou des amis que j'aurais appréciés si je les avais mieux connus dans d’autres circonstances ?

Comment pouvoir juger les qualités humaines quand on distingue seulement une infime parcelle de l’individu ?

Comme l'a écrit Saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (13.12) :

« Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu. »

Quand viendra ce jour où la lumière éclairera notre vision, alors nous saurons nous apprécier réciproquement.

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J’avais cependant pris contact avec les membres du Parti Communiste de Tarbes qui m’avaient orienté vers un groupe des Jeunesses Communistes.

Un samedi après-midi, ils m’ont invité à une fête organisée chez un des leurs.

Nous étions une quinzaine et l’on commençait à s’ennuyer lorsqu’il fut décidé de se livrer à une séance de spiritisme autour d’un tabouret.

J’étais désagréablement surpris que des jeunes communistes, qui auraient dû selon moi être matérialistes et délivrés de ce genre de croyances archaïques, se mettent à vouloir s'adonner à une expérience qui relève de la parapsychologie.

Il a suffi que l’un d’entre eux s’exclame : "Il bouge !" et tout le monde a surenchéri.

Face à quinze personnes qui affirmaient avoir vu bouger ce tabouret, je fus le seul à maintenir ma position rationnelle.

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A chaque fois que j’ai évoqué ce souvenir, mes interlocuteurs ont toujours convenu que j’avais raison et que ce groupe de jeunes avait été manipulé par l’imagination, ou simplement suivi le premier qui avait prétendu avoir vu ce tabouret bouger.

Mais avec le recul, j’ai appris à m’interroger sur la relativité de nos perceptions en parapsychologie.

Dans ce domaine comme dans bien d'autres, notre connaissance demeure partielle.

Il est certes facile d’entraîner des foules sur de fausses voies pour peu qu’un leader charismatique soit capable de les convaincre.

Mais il est aussi possible qu’un individu se laisse manipuler par un leader invisible et immatériel qui profite de la fragilité psychologique de bon nombre de personnes.

C’est ainsi que fonctionne l’occultisme, en suscitant l’adhésion d’une personne mentalement fragile et prête à entrer sous la dépendance d’un gourou ... ou de celui qui l’inspire.

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Car en devenant chrétien, et en reconnaissant l’existence de Dieu, il m’a bien fallu admettre l’existence de Son adversaire : le Diable, qu’on appelle aussi Satan, ou encore Lucifer, Belzébuth ...

Tout comme il ne suffit pas de "croire en Dieu", c’est-à-dire en Son existence, pour "croire Dieu", ce qui implique de rechercher Sa volonté, on peut croire en l’existence du Diable sans rechercher sa volonté.

Mais comme celui-ci est habile et manipulateur, il pourra à l’insu de chacun s’efforcer de capter notre volonté pour nous inciter à des pratiques occultes comme le spiritisme.

Auquel cas, l’individu qui accepte de telles pratiques va entrer sous sa dépendance et pourra fort bien "voir" des tabourets bouger, "entendre" des morts lui parler, et croire ainsi aux produits de son imagination fabriqués sous l’emprise de Satan qui peut aussi le pousser à des comportements délirants.

Au temps de Jésus, il était question d’esprits impurs.

De nos jours, on pourrait appeler cela une forme de schizophrénie !

Mais derrière, on trouve toujours le même adversaire : le Diable qui se complaît dans nos maladies et nos souffrances.

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