Les Pyrénées

1980 : LES PYRENEES

J’avais traversé des mois difficiles, à la limite de la dépression, confronté à la solitude consécutive à mon divorce mais surtout du fait de mon comportement.

Mon retour au célibat étant connu sur mon lieu de travail, je me suis laissé aller à nouer une relation adultère dont il a fallu gérer les conséquences.

Je suis devenu un personnage peu fréquentable et l’image que j’avais de moi-même s’est transformée en dégoût.

J’allais travailler sans envie en rasant les murs, j’errais dans Paris sans but ou m’enfermais dans mon appartement en écoutant de la musique à fond pour ne plus penser.

Lorsqu’un collègue de travail, un des rares à ne pas m’avoir tourné le dos, m’a proposé de partir avec son groupe d’amis en vacances dans les Pyrénées au mois d’août 1980, j’ai accepté sans hésiter.

En quelques semaines j'ai surmonté la dépression en retrouvant cette terre ancestrale.

Je découvrais un nouveau champ relationnel : celui d’un groupe d’amis qui constituait un noyau solide de partage et d’affection.

Nous étions partis à une douzaine en location dans un hameau des Hautes-Pyrénées.

J’y ai vécu les meilleures vacances de ma jeunesse.

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Mon grand-père paternel était originaire de l’Ariège.

Lors des repas de famille de mon enfance, tout le monde chantait "Les Montagnards" d’André Dassary.

Je n’avais jamais apprécié les traditionnelles vacances au bord de l’Atlantique et peu connu les séjours à la montagne.

En 1980, j’ai compris avec les Pyrénées ce que j’aimais voir à l’horizon : la montagne.

Or, lorsque j’ouvrais les fenêtres de mon appartement de banlieue, j’avais la vue sur une colline qui servait de site d’enfouissement de déchets dangereux.

Il faudrait changer un jour d’horizon ...

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Mais à la fin du mois d’août 1980, il a fallu se résigner dans l’immédiat à ne pas revoir la montagne avant onze mois.

Les campements à 2 500 mètres, la pureté du ciel nocturne, les levers à l’aube avec les isards qui nous surveillaient, les pics des Crabioules, le Royo, le Perdiguère, le Seil de la Baque, l’Aneto, Troumouse ou la Brèche de Rolland sont autant de souvenirs inoubliables de cet été 1980.

C’est lors de l’une de ces soirées, assis à 2 400 mètres sur des rochers bordant le lac des Isclots, que j’ai pu me libérer des remords qui me tenaillaient depuis plus de six mois.

Le temps de la dépression a pris fin lorsque j’ai reconnu l’ampleur des dommages que j’avais pu commettre dans le cadre de la relation adultère vécue en début d’année.

Ce phénomène qui se nomme "repentance" a permis de me libérer du sentiment de culpabilité pour accepter ma part de responsabilité ... appréciation purement subjective qui n’ôte rien à la culpabilité objective.

Le psychologue analytique Carl Gustav Jung a notamment écrit :

"Ce que le malade doit apprendre, ce n’est pas comment on se débarrasse d’une névrose, mais comment on l’assume et la supporte."

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"Je me sens profondément responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable ..." comme le dit un jour de 1991 l’ancienne ministre Georgina Dufoix.

Il est difficile d’établir des parallèles entre la vie des uns et des autres, nos fautes et notre repentir éventuel.

Il semble toutefois que la reconnaissance de ses fautes, ou péchés dans le langage religieux, puisse conduire à une transformation de celui ou de celle qui assume sa vie avec pour objectif de changer.

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A propos de l’adultère, j’ai plusieurs fois entendu parler d’un personnage biblique : David.

David avait été choisi par Dieu pour gouverner le peuple juif.

Se croyait-il tout permis ?

Il suffit qu’il ait un jour envie d’une femme, Bath-Schéba, pour ordonner à son mari d’aller se faire tuer afin de s’en débarrasser.

Lorsque David prit conscience de son péché, il se repentit et fut pardonné par Dieu.

Il avait enfreint ce commandement :

« Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain. » (Exode 20.17)

Mais le pardon n’efface pas les dégâts ... le fils né de la liaison adultère entre David et Bath-Schéba mourut après sa naissance.

En ce qui me concerne, le fait que je me sois senti pardonné de l’adultère que j’avais commis, après avoir assumé ma faute, n’a en rien atténué les dégâts que j’avais pu provoquer dans la vie d’un couple.

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