Liaison fatale

1988 : LIAISON FATALE

En juillet 1988, je suis parti avec un ami pour quatre jours de randonnée dans le massif espagnol du Mont Perdu.

Une randonnée mémorable ... mais j’ai déchanté au retour.

Mon épouse avait mal supporté de rester quatre jours seule avec nos deux enfants alors âgés de 3 ans ½ et de 2 ans.

Avec sa mine des mauvais jours elle me dit : "Ne me fais plus jamais ça !"

Mais ce fut aussi l’occasion de vider son sac : depuis 2 ans elle avait envie de partir.

Je n’ai pas eu d’autre explication et j’ai passé la nuit et les jours suivants face au mur du silence auquel elle m’avait déjà habitué.

J’avais parfois l’impression de revivre le même scénario relationnel que celui que j’avais connu lors de mon premier mariage (Souvenir de 1978 : "la Corse").

Je ne comprenais pas que l’on puisse se murer ainsi dans le silence avec tant d’obstination.

Il fallait toujours que je fasse le premier pas.

Au début, en 1982, j’attendais deux heures ... par la suite je tenais deux jours avant de céder.

Les années ont passé et j’ai appris à vivre deux semaines, puis deux mois avant de capituler.

A la fin, de 1995 à 1997, nous avons vécu deux ans comme des étrangers sous le même toit avant que j’en arrive à ce constat : il n’y avait plus rien à espérer et nous n’avions plus rien à faire ensemble.

Liaison fatale

A la fin de ce mois de juillet 1988, elle est partie chez sa mère avec les deux enfants pour une durée indéterminée.

Ce séjour estival en Région Parisienne était prévu mais elle pouvait me laisser croire que son départ serait irréversible.

Seul à 35 ans en plein mois d’août, et peut-être pour plus longtemps, la tentation pouvait me pousser à commettre un adultère.

Un soir, je suis allé au cinéma et le "hasard" m’a conduit à voir ... "Liaison fatale".

Quand je suis sorti de la salle, les mésaventures de Mickael Douglas harcelé par Glenn Close m’ont coupé toute envie de me laisser aller !

Ce n’était pas le hasard qui m’avait conduit dans cette salle, mais un ange bienveillant qui souhaitait me mettre en garde.

Liaison fatale

J’ai trouvé la paix dans les bras de mes chères Pyrénées en partant en montagne chaque week-end.

Et j’ai même poussé jusqu’aux Alpes pour une seconde ascension du Mont Blanc qui, à la différence de la première (Souvenir de 1981 : "les Alpes"), s’est effectuée en solitaire.

Une course contre la montre !

Parti le mardi soir en train, je suis arrivé à Saint-Gervais le mercredi matin.

Le soir j’étais au refuge du Goûter et le jeudi au sommet pour redescendre aussitôt aux Houches et reprendre le train à Saint-Gervais.

Le vendredi matin à 8 heures je reprenais le travail.

Liaison fatale

Quand mon épouse s’est décidée à rentrer elle m’a simplement dit : "J’espère que je t’ai donné une bonne leçon."

Pourquoi ?

C’est bien plus tard, en 1995, qu’elle s’est décidée à évoquer son enfance et ce qu’elle avait pu subir.

Il m’a fallu ensuite plusieurs années pour comprendre qu’il fallait payer pour les autres en l’acceptant avec son passé.

Mais en 1988, mon ignorance n’a eu pour effet que de m’éloigner, de m’inciter au repli sur soi, en renforçant la carapace pour me protéger.

Bientôt, à la montagne en solitaire viendrait s’ajouter la course à pied ... j'exécutais ainsi, sans m’en rendre compte, le scénario annoncé de longue date dans mon rêve de 1971 :

"... il n’y a plus personne dans ces souterrains et je cours en solitaire pendant longtemps ..."

Liaison fatale

Qu’est-ce qu’un scénario ?

Ce terme s’emploie le plus souvent pour définir le canevas d’un film, d’une pièce de théâtre ou toute autre œuvre.

Il peut aussi désigner le déroulement préétabli d’une action, voire de toute une vie.

Au début des années 80, j’avais été captivé par les travaux du docteur Eric Berne sur l’analyse transactionnelle.

Pour Eric Berne : "Le scénario de vie est un plan continu, formé et décidé dans la petite enfance sous la pression familiale, et qui dirige les comportements d'une personne dans les aspects les plus importants de sa vie."

Peut-on échapper à un tel scénario ... surtout s’il se révèle être la reproduction de comportements sociaux ou familiaux héréditaires ?

Au vu des principes similaires qui ont conduit à l’échec de mes deux premiers mariages, étais-je porteur d’un scénario affectif de "gagnant" ... ou d’éternel "perdant" ?

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