L'Ariège

EN SOUVENIR DE MON PERE

Mon père est né en 1923.

Lorsqu’il évoquait sa jeunesse, il me parlait souvent de l’Ariège, cette montagne des Pyrénées, pays des ours.

Son père était né dans la vallée de l’Aston, et la guerre de 1914-1918 l’avait conduit en Région Parisienne après avoir survécu aux gaz dans les tranchées.

De père en fils, notre nature d’ours rebelle et souvent solitaire s’est transmise.

L’un comme l’autre étaient peu bavards et il m’est maintenant difficile de retracer leurs parcours ...

L'Ariège

"Il y aura la guerre ...".

Selon mon père, cette parole prophétique aurait été prononcée par mon grand-père quand Hitler arriva au pouvoir en 1933.

Beaucoup avaient cru que la guerre de 14-18 serait La Der des Ders ... et cette espérance pacifiste a trouvé son expression cinématographique avec « La Grande Illusion ».

Quand il est rentré d’Allemagne en 1945, après trois ans d'internement, mon père qui avait été porté disparu pendant le bombardement de Dresde du 13 février 1945 m’a parlé de sa surprise quand il a revu sa mère : ses cheveux étaient tous devenus blancs !

L'Ariège

Sur l’un de ses bras, il s’était fait tatouer pendant sa captivité une fleur, une pensée accompagnée de ces mots "pour ma mère".

On pense souvent à sa mère dans les moments de détresse ... qu’il est loin alors le temps béni où elle pouvait nous prendre dans ses bras pour nous consoler.

Après le bombardement, il avait marché une semaine dans l’Allemagne dévastée pour retrouver son frère qui était dans un stalag près de Berlin.

Quand ils l’ont récupéré, il pesait 37 kilos.

Peu de temps après, les troupes soviétiques sont arrivées.

Les prisonniers français avaient peur ... que vont-ils faire de nous ?

Mon père est sorti avec des vêtements revêtus du KG : Kriegsgefangener = prisonnier de guerre.

L’officier russe s’est approché : "Franzose ?" ... et ils ont fraternisé.

L'Ariège

Ce qui s’est passé ensuite n’est guère plus brillant que ce qui s’était passé avant.

Non du fait des soldats de l’Armée Rouge, selon mon père, mais de la part des français libérés qui se croyaient désormais tout permis.

L’un d’entre eux, qui semblait pourtant d’ordinaire bien pacifique, s’est emparé d’une pelle pour massacrer un garde allemand.

Même s’il en a toujours voulu aux allemands, mon père s’est contenté de chasser le lapin avec une Kalachnikov.

Après son retour en France, il est parti se refaire une santé pendant deux mois dans l’Ariège.

Auparavant, il s’était juré de prendre la plus belle cuite de sa vie dès son retour à Paris.

Cela a duré deux jours ... quand il est rentré chez ses parents, il n’a jamais su où étaient passées ses chaussettes !

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Ces souvenirs de mon père sont comme des bribes de vie, une sorte de puzzle que je m’efforce de reconstituer maintenant qu’il nous a quittés.

Cette époque de sa vie est incontournable.

Elle s’inscrit dans l’accomplissement d’un plan diabolique révélé à la face du monde dès 1924 par Adolph Hitler dans « Mein Kampf ».

Mon père l’a lu dans les années 30 ... je l’ai lu 40 ans plus tard dans les années 70.

40 ans se sont encore écoulés et nous voyons maintenant grandir les héritiers de ce passé sinistre qui véhiculent toujours la même haine de l’étranger et de tout ce qui n’est pas conforme à leur idéologie totalitaire.

Le personnage d’Adolph Hitler a souvent été associé à la Bête immonde ... peut-être celle du livre de l’Apocalypse ?

Dans les années 80, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National, ironisait :

« Je suis la petite bête immonde qui monte, qui monte ... »

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